Le Maître et l’Artiste

Comment créer l’alliance indispensable entre nos deux personnages intérieurs, « le Maitre » et « l’Artiste », pour permettre à notre corps d’agir en toute liberté, au moment opportun.

« Pivote », « Regarde la balle », « Reste stable », « Engage toi », « Fais-toi confiance », »Relâche toi »

Qui parle à qui ? Pour qu’il y ait dialogue, il faut bien qu’il y ait deux personnes et comme le dit Timothy Gallwey dans son livre « Le Jeu Intérieur « , il existe 2 « Moi », le « Je » qui donne l’ordre et le « Moi » qui exécute. Timothy Gallwey va simplifier en parlant de Moi 1 et Moi 2. D’autres parleront de Cerveau Droit et de Cerveau Gauche. François Ducasse, dans son livre « Champion dans la tête » parlera du « Maître » et de « l’Artiste ». Ces deux personnages étant intimement liés.

 

Le Maître, c’est notre Moi conscient, celui qui analyse, réfléchit, décide, juge, critique… C’est lui qui est aux commandes et ordonne à notre corps l’exécution d’un geste. L’Artiste, c’est notre Moi inconscient, celui qui joue, imagine, invente, crée, ressent… C’est lui qui exprime tout son potentiel lorsque nous atteignons la compétence inconsciente qui nous permet de faire ce que nous savons faire sans y penser. Ils sont complémentaires et chacun a un rôle fondamental à jouer. Ensemble, ils peuvent faire des merveilles si chacun apprend à reconnaître le talent de l’autre et son fonctionnement.

Le swing de golf est trop complexe pour être controlé par notre conscience objective (notre Moi 1, le maître). Il nous faut donc accorder notre confiance à nos actions instinctives, automatiques (notre Moi 2, l’artiste), développées tout au long de nos entrainements.

Concrètement, sur un parcours de golf, pour chaque coup, de la mise en jeu au dernier putt de chaque trou, nous allons mettre en place des processus qui nous sont propres pour :

  • Préparer le coup.

Durant cette étape de quelques minutes,  » le Maître » va recueillir les informations nécessaires, déterminer la cible qu’il veut atteindre, décider des moyens qu’il va mettre en oeuvre pour cela, donner des instructions précises à « l’Artiste » sous forme d’images et de ressentis, lâcher le contrôle et faire une confiance totale à l’Artiste.

  • Exécuter le coup.

A l’adresse, il est trop tard pour s’inquiéter. Durant les 2 secondes que dure le mouvement de golf, il n’y a plus qu’à laisser faire « l’Artiste », à partir du message clair et cohérent qu’il a reçu du « Maître ». Le Maître fait confiance à l’Artiste qui va pouvoir swinguer, en toute liberté, dans une totale concentration de jeu, dans le seul but d’envoyer la balle vers la cible.

 

« A l’adresse, tout est silencieux, à l’extérieur comme à l’intérieur de votre tête. Vous laissez la technique de côté. A cet instant, la technique est au service d’une expression, d’une émotion, elle n’est qu’un moyen, pas une finalité. » (Timothy Gallwey, le jeu intérieur).

  • Evaluer le coup.

Le « Maître » reprend la main pour évaluer le coup effectué. L’observation portera autant sur votre engagement à respecter ce que vous avez décidé de faire que sur le résultat de vos actions. Cette évaluation, sans jugement de valeur, est une source d’information.  Elle permettra d’aborder le coup suivant avec sérénité et confiance, totalement concentré, dans l’instant présent, sur les moyens à mettre en oeuvre. 

On comprend aisément l’importance de chacune de ces étapes et la nécessité de respecter le rôle spécifique de chacun de nos personnages intérieurs, tout en les laissant coopérer harmonieusement. Pia Nilsson et Lynn Marriot, dans leur livre « Chaque coup doit avoir un objectif », symbolisent géographiquement, l’Espace réflexion et l’Espace Action, en imaginant, au sol, une ligne virtuelle, perpendiculaire à la ligne de jeu, placée environ un mètre derrière la balleUne fois la ligne franchie, dans l’Espace Action, l’organisation devant la balle et l’exécution du coup ne devraient durer que quelques secondes.

C’est la mise en place de routines qui va faciliter cette transition du « Maitre » à « l’Artiste, ce passage de la réflexion à l’action. La routine va permettre au joueur de focaliser toute son attention sur une succession de gestes précis, au service d’une intention claire. Elle va l’aider à se concentrer dans l’instant présent, détaché de toutes pensées et émotions et à s’immerger totalement dans l’action à accomplir.

La tâche principale du Moi 1, le Maître,  est de fixer les objectifs, de dire à Moi 2 ce qu’il attend de lui et de laisser faire, lâcher prise (et non pas de faire faire).

Pour Moi 2, l'Artiste, une image vaut mieux que mille mots.

La langue du Moi 2 est le monde des images, visuelles et sensitives, le monde des sensations. Donnez à Moi 2 des images précises des résultats souhaités.

 

·      Une image claire de la cible à atteindre,

·      Une vision précise de la trajectoire pour atteindre la cible,

·      Une sensation corporelle du mouvement à exécuter.

 

Une routine est une suite d’actions, visibles et invisibles, qui déclenchent, à un instant précis votre geste automatique. Ce n’est pas la prise d’informations, ni le swing. La routine commence de la visualisation jusqu’au démarrage du swing (take away)

Une bonne routine est simple, fluide et personnelle. Elle dure entre 20 et 30 secondes. (Démarrage du chrono lorsque le joueur est derrière sa balle, face à sa cible et arrêt après l’impact). Le fait de chronométrer sa routine est le meilleur moyen d’apprendre à s’immerger complètement dedans. L’esprit est occupé à faire systématiquement les mêmes gestes, avec une intention précise, dans le même timing. (Michel Teichet – Mental de fer)

Exécuter sa routine permet de se détacher des pensées et des émotions en étant concentré sur quelque chose de concret, dans le présent.

Laissez le corps jouer « inconsciemment » ne veut pas dire sans conscience de ce que l’on fait. En fait, l’attention est focalisée, l’esprit est occupé, concentré exclusivement sur ce qu’il a à faire, sans dispersion. Il est calme, tout est clair et il n’y a pas de place pour des pensées parasites. Le corps peut alors agir librement et le geste devient un acte réflexe, automatique qui se réalise sans contrôle.

Le golf est bien plus qu’un swing et il fait appel à toutes nos intelligences, rationnelle, émotionnelle, somatique et intuitive.